Une douleur dans le bas-ventre qui revient régulièrement, une douleur pendant les rapports, des règles devenues très douloureuses ou une gêne pelvienne présente depuis plusieurs mois peuvent avoir un retentissement considérable sur la vie quotidienne.
Pourtant, les douleurs pelviennes chroniques sont parfois banalisées, notamment lorsqu'elles existent depuis longtemps ou lorsque les premiers examens ne mettent pas immédiatement en évidence une cause.
Or une douleur persistante n'est pas « normale » simplement parce qu'elle est ancienne.
La douleur pelvienne chronique peut être liée à une pathologie gynécologique, mais aussi urinaire, digestive, musculaire ou neurologique. Plusieurs mécanismes peuvent parfois coexister chez une même patiente.
L'objectif du bilan n'est donc pas seulement de chercher « une lésion », mais de comprendre quels mécanismes contribuent réellement à la douleur.
Qu'appelle-t-on une douleur pelvienne chronique ?
La douleur pelvienne chronique désigne une douleur persistante ou récurrente située dans la région pelvienne et évoluant depuis plusieurs mois.
Elle peut être :
- permanente ;
- intermittente ;
- cyclique, notamment liée aux règles ;
- déclenchée par les rapports sexuels ;
- associée à la défécation ou à la miction ;
- provoquée par certaines positions ou certains mouvements.
Elle peut être superficielle ou profonde, localisée ou diffuse.
L'intensité ressentie n'est pas toujours proportionnelle à la taille d'une éventuelle lésion visible à l'imagerie.
Pourquoi la douleur pelvienne chronique est-elle parfois difficile à diagnostiquer ?
Parce que le pelvis réunit plusieurs organes et systèmes très proches les uns des autres :
- appareil génital ;
- vessie et voies urinaires ;
- intestin et rectum ;
- muscles du plancher pelvien ;
- paroi abdominale ;
- articulations et structures musculosquelettiques ;
- nerfs pelviens.
Une douleur perçue comme « gynécologique » peut donc parfois provenir d'un autre système.
Inversement, une pathologie gynécologique peut provoquer des symptômes urinaires ou digestifs.
Chez certaines patientes, plusieurs causes sont présentes simultanément.
Quelles sont les principales causes gynécologiques possibles ?
Plusieurs pathologies gynécologiques peuvent être associées à des douleurs pelviennes chroniques, notamment :
- l'endométriose ;
- l'adénomyose ;
- certains fibromes ;
- certains kystes ou pathologies ovariennes ;
- des séquelles d'infection pelvienne ;
- certaines adhérences postopératoires ;
- certaines pathologies vulvaires ou vaginales ;
- des troubles du plancher pelvien.
Cette liste n'est pas exhaustive.
Le caractère cyclique de la douleur, son lien avec les règles, les rapports, la défécation ou la miction apporte des informations importantes pour orienter le diagnostic.
Quand faut-il penser à l'endométriose ?
La Haute Autorité de Santé recommande notamment d'évoquer une endométriose devant des symptômes douloureux pelviens chroniques tels que :
- dysménorrhées importantes ;
- dyspareunies profondes ;
- douleurs pelviennes non menstruelles.
Des douleurs à la défécation, des symptômes urinaires cycliques ou certains signes localisateurs peuvent également orienter vers une endométriose profonde.
La présence de plusieurs symptômes associés renforce l'indication d'un bilan adapté.
Une échographie normale exclut-elle l'endométriose ?
Non.
C'est un point essentiel.
L'échographie pelvienne est un examen important, notamment lorsqu'elle est réalisée par un professionnel expérimenté dans l'imagerie de l'endométriose.
Cependant, une imagerie normale n'exclut pas toutes les formes de la maladie.
La HAS précise notamment que les lésions d'endométriose superficielles ou minimes peuvent ne pas être mises en évidence par l'imagerie.
Lorsque les symptômes restent évocateurs malgré une première imagerie non concluante, la suite du bilan dépend du contexte clinique.
Et l'adénomyose ?
L'adénomyose correspond à la présence de tissu endométrial au sein du muscle utérin.
Elle peut être associée notamment à :
- des règles douloureuses ;
- des règles abondantes ;
- des douleurs pelviennes ;
- parfois une sensation de pesanteur.
L'échographie et l'IRM peuvent contribuer au diagnostic selon la situation.
Endométriose et adénomyose peuvent coexister.
Les fibromes provoquent-ils toujours des douleurs ?
Non.
Beaucoup de fibromes sont asymptomatiques.
Lorsqu'ils entraînent des symptômes, ceux-ci dépendent notamment de leur taille, de leur nombre et de leur localisation.
Ils peuvent être associés à :
- des règles abondantes ;
- une sensation de pression ou de pesanteur pelvienne ;
- certaines douleurs ;
- des symptômes urinaires ou digestifs par effet de masse.
Découvrir un fibrome ne signifie donc pas automatiquement qu'il explique toute douleur pelvienne.
Une ancienne infection peut-elle provoquer des douleurs chroniques ?
Oui, dans certaines situations.
Une infection génitale haute, appelée maladie inflammatoire pelvienne, peut entraîner des complications à long terme.
L'ACOG indique notamment qu'une maladie inflammatoire pelvienne peut être associée ultérieurement à des douleurs pelviennes persistantes.
Une infection actuelle ou ancienne ne doit néanmoins pas être supposée sans éléments cliniques ou biologiques appropriés.
La vessie peut-elle être responsable d'une douleur pelvienne ?
Oui.
Certaines douleurs pelviennes peuvent être associées à des symptômes urinaires :
- envies fréquentes d'uriner ;
- urgence mictionnelle ;
- douleur ou pression augmentant lorsque la vessie se remplit ;
- douleurs liées à la miction.
Le syndrome douloureux vésical, parfois appelé cystite interstitielle selon les classifications et situations, fait partie des diagnostics pouvant être discutés après exclusion d'autres causes.
Une infection urinaire doit être recherchée lorsque le contexte l'évoque.
L'intestin peut-il provoquer une douleur ressentie dans le pelvis ?
Oui.
Certaines pathologies digestives ou fonctionnelles peuvent provoquer des douleurs pelviennes ou abdominales basses.
Le syndrome de l'intestin irritable peut notamment coexister avec des syndromes douloureux pelviens chroniques.
Une douleur liée à la défécation, des modifications du transit, du sang dans les selles ou d'autres symptômes digestifs doivent être signalés au médecin.
Une douleur à la défécation qui varie nettement avec le cycle menstruel peut également faire évoquer une endométriose et mérite une évaluation gynécologique ciblée.
Le plancher pelvien peut-il être douloureux ?
Oui.
Les muscles du plancher pelvien peuvent eux-mêmes devenir une source de douleur.
Certaines patientes présentent une hypertonie, des points douloureux myofasciaux ou une mauvaise coordination musculaire.
Ces troubles peuvent être associés à :
- douleurs lors des rapports ;
- douleurs vaginales ou périnéales ;
- gêne après une position assise prolongée ;
- symptômes urinaires ou digestifs ;
- douleurs déclenchées lors de l'examen.
Lorsqu'un dysfonctionnement du plancher pelvien est identifié, une rééducation spécialisée peut faire partie de la prise en charge.
Une douleur pelvienne peut-elle être d'origine nerveuse ?
Oui.
Certaines douleurs pelvi-périnéales peuvent avoir une composante neuropathique.
Elles peuvent être décrites comme :
- brûlures ;
- décharges électriques ;
- engourdissements ;
- hypersensibilité ;
- douleur aggravée dans certaines positions.
Différents nerfs peuvent être concernés selon la localisation et les antécédents.
Un examen spécialisé peut être nécessaire lorsque les caractéristiques de la douleur évoquent une origine neuropathique.
Qu'est-ce que la sensibilisation centrale ?
Lorsque la douleur persiste longtemps, le système nerveux peut parfois modifier sa manière de traiter les signaux douloureux.
La sensibilisation centrale désigne des mécanismes pouvant contribuer à une amplification et à une persistance de la douleur.
Elle est étudiée notamment dans l'endométriose, la vulvodynie, la fibromyalgie et certaines douleurs pelviennes chroniques.
Cela ne signifie pas que la douleur est « imaginaire ».
Cela signifie que le système nerveux peut devenir lui-même un acteur du phénomène douloureux.
Et surtout, identifier une sensibilisation centrale ne dispense pas de rechercher parallèlement une cause gynécologique, urinaire, digestive ou musculaire.
Pourquoi la douleur peut-elle persister après une opération ?
Plusieurs raisons sont possibles.
Une intervention peut avoir correctement traité une lésion sans nécessairement supprimer tous les mécanismes douloureux.
Il peut persister :
- une autre source de douleur ;
- une douleur myofasciale ;
- un trouble du plancher pelvien ;
- une composante neuropathique ;
- une sensibilisation du système nerveux ;
- une pathologie associée qui n'était pas la cible de l'intervention.
Dans l'endométriose, la littérature décrit d'ailleurs des mécanismes de douleur multiples, incluant inflammation, nociception et modifications du traitement périphérique et central de la douleur.
Une douleur persistante nécessite donc une réévaluation plutôt qu'une répétition automatique des interventions.
Le stress ou les émotions peuvent-ils expliquer la douleur ?
Le stress, le sommeil, l'anxiété et l'état émotionnel peuvent modifier l'intensité et le retentissement de nombreuses douleurs chroniques.
Mais cela ne signifie pas que la douleur est « psychologique » ou inventée.
L'ACOG recommande une approche multidisciplinaire de la douleur pelvienne chronique précisément parce que celle-ci peut être influencée par plusieurs dimensions biologiques, physiques et psychosociales.
La recherche d'une cause organique et la prise en compte des facteurs modulant la douleur ne s'opposent pas.
Quels signes doivent amener à consulter rapidement ?
Une douleur chronique peut parfois s'accompagner d'un épisode aigu nécessitant une évaluation rapide.
Il faut notamment demander rapidement un avis médical en cas de :
- douleur brutale ou très intense ;
- possibilité de grossesse associée à une douleur ou des saignements ;
- malaise ou perte de connaissance ;
- fièvre importante ;
- vomissements persistants ;
- saignements génitaux abondants ;
- altération importante de l'état général.
Ces situations peuvent correspondre à des causes très différentes, dont certaines nécessitent une prise en charge urgente.
Comment se déroule le bilan d'une douleur pelvienne chronique ?
Il commence par un interrogatoire détaillé.
Le médecin cherche notamment à comprendre :
- où se situe la douleur ;
- depuis quand elle existe ;
- si elle est permanente ou intermittente ;
- son lien éventuel avec les règles ;
- son lien avec les rapports sexuels ;
- son lien avec la miction ou la défécation ;
- les symptômes urinaires ou digestifs associés ;
- les traitements déjà essayés ;
- les antécédents médicaux, gynécologiques et chirurgicaux ;
- son retentissement sur le sommeil, la sexualité, le travail et la vie quotidienne.
Cette cartographie des symptômes est souvent aussi importante que l'intensité de la douleur elle-même.
Quels examens peuvent être proposés ?
Ils dépendent de la situation.
Le bilan peut comprendre, lorsqu'ils sont indiqués :
- examen clinique abdominal et gynécologique ;
- échographie pelvienne ;
- IRM pelvienne ;
- analyses biologiques ;
- tests de grossesse selon le contexte ;
- recherche d'infection ;
- examens urinaires ;
- investigations digestives ;
- évaluation du plancher pelvien ;
- examens spécialisés selon les symptômes.
Il n'existe pas un « bilan standard » identique pour toutes les patientes.
Faut-il toujours faire une cœlioscopie ?
Non.
La cœlioscopie n'est pas automatiquement nécessaire devant toute douleur pelvienne chronique.
Concernant l'endométriose, les recommandations ESHRE ont profondément fait évoluer la stratégie diagnostique : la laparoscopie n'est plus considérée comme l'unique référence diagnostique pour toutes les patientes et peut être envisagée notamment lorsque l'imagerie est négative mais que la suspicion reste importante ou lorsque les traitements empiriques sont inadaptés ou inefficaces.
En France, la HAS indique également que lorsque l'imagerie montre une endométriose caractéristique, une cœlioscopie réalisée uniquement pour confirmer le diagnostic n'est pas recommandée.
La décision chirurgicale doit donc s'intégrer dans une stratégie thérapeutique et diagnostique globale.
Pourquoi tenir un calendrier de la douleur ?
Noter les symptômes pendant plusieurs semaines peut aider à identifier des schémas.
Il peut être utile de relever :
- les jours de douleur ;
- l'intensité ;
- les règles ;
- les rapports sexuels ;
- la miction ;
- la défécation ;
- les symptômes digestifs ;
- les médicaments pris et leur efficacité.
Un lien répétitif avec le cycle peut orienter le raisonnement diagnostique.
La prise en charge peut-elle nécessiter plusieurs spécialistes ?
Oui.
Lorsque la douleur est multifactorielle, une approche multidisciplinaire peut être particulièrement utile.
Selon la situation, elle peut associer :
- gynécologue ;
- médecin généraliste ;
- radiologue spécialisé ;
- urologue ;
- gastro-entérologue ;
- spécialiste de la douleur ;
- kinésithérapeute spécialisé dans le plancher pelvien ;
- autres professionnels selon les besoins.
L'objectif est d'éviter que chaque symptôme soit analysé isolément alors qu'il existe parfois plusieurs mécanismes intriqués.
À retenir
Une douleur pelvienne chronique ne doit pas être banalisée simplement parce qu'elle dure depuis longtemps.
Elle peut être liée à une endométriose, une adénomyose, une pathologie ovarienne ou utérine, mais également à la vessie, à l'intestin, au plancher pelvien ou au système nerveux.
Plusieurs causes peuvent coexister.
Une échographie normale n'exclut pas toutes les causes de douleur pelvienne et ne signifie pas que la douleur est imaginaire.
L'analyse du caractère cyclique, des symptômes urinaires ou digestifs, des douleurs pendant les rapports et de l'examen clinique permet d'orienter les investigations.
Lorsqu'une douleur devient complexe ou persistante, une prise en charge multidisciplinaire peut être plus pertinente que la recherche répétée d'une cause unique.
Information médicale : cet article fournit une information générale et ne remplace pas une consultation. Une douleur brutale ou intense, une douleur associée à une possibilité de grossesse, un malaise, une fièvre importante ou des saignements abondants nécessitent une évaluation médicale rapide.
Sources médicales et scientifiques
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Haute Autorité de Santé (HAS). Actualisation de la place des différents examens d'imagerie pour le diagnostic d'endométriose. 15 mai 2025. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3607756/fr/actualisation-de-la-place-des-differents-examens-d-imagerie-pour-le-diagnostic-d-endometriose-recommandations
ESHRE Guideline Development Group. ESHRE guideline: endometriosis. European Society of Human Reproduction and Embryology. 2022. https://www.eshre.eu/guideline/endometriosis
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Kaya S, Hermans L, Willems T, Roussel N, Meeus M. Central sensitization in urogynecological chronic pelvic pain: a systematic literature review. Pain Physician. 2013;16(4):291-308. PMID: 23877446. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23877446/
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Consultez le Dr. Yasmine Maazouzi à l'Hôpital Privé Beauregard (23 Rue des Linots, Bât. B5 ICOGM, Marseille 13004) pour un bilan complet de vos douleurs pelviennes.